[Hommage] Michel Prévot, décédé le 5 novembre 2025

Michel Prévot a consacré sa vie à comprendre le magnétisme des roches volcaniques et, à travers lui, l’histoire du champ magnétique terrestre.

Né à Paris en 1939, il commence sa carrière scientifique en 1965 au CNRS à Saint-Maur, auprès d’Émile Thellier, l’un des pionniers du paléomagnétisme. En 1985, il rejoint Montpellier, où il fonde un nouveau laboratoire de paléomagnétisme — resté longtemps un lieu de référence internationale — et dirige l’équipe jusqu’en 2000, tout en assurant la direction du Centre de Géologie et de Géophysique de 1989 à 1993.

Dès ses premiers travaux, Michel se distingue par une approche à la fois expérimentale et théorique d’une grande finesse. En 1968, il étudie pour la première fois l’oxydation à basse température de la magnétite, montrant que le processus n’est pas une simple réaction d’oxydation, mais qu’il implique une migration d’ions fer et titane dans la structure cristalline (Prévot et al., 1968). Cette découverte, pionnière, conduit à un modèle encore largement accepté aujourd’hui.
Quelques années plus tard, avec P. Poix, il met au point une méthode de calcul des paramètres cristallographiques des titanomagnétites oxydées (Prévot, 1971; Prévot & Poix, 1971), confirmée ultérieurement par des analyses expérimentales.

Dans les années 1970, la compréhension du magnétisme des fonds océaniques devient un enjeu majeur. Michel participe alors au projet franco-américain FAMOUS, consacré à la dorsale médio-atlantique. Ses travaux démontrent que les basaltes formés à l’axe de la dorsale présentent une polarité normale, en accord avec les modèles d’expansion océanique (Prévot et al., 1976).
Avec A. Lecaille, il met également en évidence le rôle déterminant de la pétrologie dans les anomalies magnétiques océaniques (Prévot & Lecaille, 1976a, b; Prévot et al., 1979), puis, en collaboration avec D. Dunlop, il élabore un modèle magnétique de la lithosphère océanique devenu une référence (Dunlop & Prévot, 1982).

Ses travaux sur l’Aimantation Rémanente Visqueuse (ARV) comptent parmi ses contributions les plus marquantes. Avec D. Biquand, il montre dès 1970 que l’ARV des roches sédimentaires et volcaniques peut résister à des champs alternatifs bien plus intenses qu’on ne le pensait (Prévot & Biquand, 1970; Biquand & Prévot, 1971). Cette découverte, longtemps controversée, sera finalement expliquée par la théorie de la viscosité magnétique activée thermiquement dans les grains ayant un comportement de type monodomaine (Prévot, 1981). En collaboration avec M. Bina, il étend ensuite cette approche aux grains poly-domaines, introduisant la notion de volume d’activation des défauts cristallins (Prévot & Bina, 1993; Bina & Prévot, 1994). Ces travaux constituent aujourd’hui un socle fondamental de la physique du magnétisme des roches naturelles.

Sa contribution la plus célèbre reste sans doute l’étude du renversement de polarité du champ magnétique terrestre enregistré dans les basaltes de la Steens Mountain (Oregon), réalisée avec ses collègues de l’USGS à Menlo Park, Californie (Prévot et al., 1985a, b; Mankinen et al., 1985). Ce travail demeure la description la plus complète et la plus fiable d’un renversement du champ géomagnétique. Basée sur un modèle physique théorique impliquant l’hypothèse d’un champ géostrophique dans le noyau liquide, il propose avec P. Camps en 1996, une approche statistique capable de reproduire l’ensemble du spectre des fluctuations du champ magnétique terrestre, de la variation séculaire aux renversements du champ.

Jusqu’à la fin de sa carrière, Michel explore de nouveaux phénomènes : l’auto-inversion de la thermorémanence dans les cristaux de ferri-ilménite (Prévot et al., 2001), ou encore la réévaluation de la vraie dérive du pôle (autrement appelée le basculement de l’axe de rotation de la terre) au cours des 200 derniers millions d’années, qu’il revisite avec rigueur et esprit critique (Prévot et al., 2000).

Chercheur d’une rare exigence intellectuelle, pédagogue attentif et profondément passionné par la Terre et son histoire, Michel a formé plusieurs générations de chercheurs et inspiré de nombreuses vocations. Son héritage scientifique et humain demeure vivant, à Montpellier comme ailleurs, dans les laboratoires et les cœurs de ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés.

 


Principales références citées

[REPLAY Soirée grand public] Des calottes polaires à la Méditerranée : Niveau des mers, entre incertitudes et urgences !

Animée par Mathieu Vidard dans le cadre de la RST2025

Gaël Durand, délégué scientifique aux affaires polaires au CNRS-INSU, a dressé un état des lieux des calottes polaires et des glaciers, principaux contributeurs à l’élévation du niveau des mers.

A l’issue de sa conférence, Gaël Durand a prit part à la table ronde à laquelle ont participé Frédéric Bouchette, professeur à l’Université de Montpellier, spécialiste de la dynamique des littoraux, Véronique Négret, maire de Villeneuve les Maguelone et Vice-Présidente de la Métropole, Déléguée au Littoral, à la Prévention des risques et à la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI) et Nicolas Clarin, chargé de projet en aménagement côtier et études des processus hydro-morpho-dynamiques littoraux chez CréOcean et un représentant de Montpellier Méditerranée Métropole.

Regarder le replay de la soirée sur la chaîne youtube de la SGF

« L’évolution des calottes polaires, plus rapide que prévu, a surpris la communauté scientifique et conduit à une révision en profondeur de certains fondements de la glaciologie, notamment des mécanismes d’instabilité propres aux calottes.

Pourtant, l’incertitude ne doit pas être confondue avec l’ignorance, ni servir de prétexte à l’inaction : même si les connaissances actuelles restent imparfaites, elles suffisent à alerter sur des risques majeurs. Elles appellent à des décisions courageuses et urgentes, tant en matière d’adaptation que de réduction des émissions de gaz à effet de serre. »

Cette soirée à été proposé dans le cadre de la 29e édition des Réunions des Sciences de la Terre. Organisée par la Société Géologique de France, le laboratoire Géosciences Montpellier (UM, CNRS) et la Fédération BioGée.

 

 

 

 

 

 

[RST Montpellier 2025] Report des deadlines au 07/09/25

L’Université de Montpellier met en lumière le travail de Muriel Geeraert

Muriel  est ingénieure en hydrogéologie à Géosciences Montpellier. Elle parcourt l’Hérault et les Pyrénées-Orientales de forage en forage, pour recueillir des données précieuses pour les chercheurs de l’équipe Transferts en milieux poreux. En effet, ses forages instrumentés fournissent des informations variées, telles que le niveau d’intrusion d’eau salée dans les réservoirs d’eau douce côtiers ou l’impact des mouvements de terrain à Pégairolles-de-l’Escalette, près de Lodève. Muriel apprécie particulièrement cette diversité dans son travail, sur le terrain de la côte à l’arrière pays, mais également au laboratoire où elle alimente les bases de données et entretient le matériel, et au contact des étudiants de l’université avec qui elle aime partager son expertise.

Une mission qu’elle nous explique dans la série vidéo Rouages produite par l’Université de Montpellier !

Géosciences Montpellier accompagne le projet du Géoparc Terres d’Hérault

Le Géoparc Terres d’Hérault est une initiative du Département de l’Hérault dédiée à la reconnaissance, la préservation et la valorisation du patrimoine géologique exceptionnel du département. Ce territoire riche en diversité géologique et en paysages uniques en fait un site de première importance pour la science, la culture, et le tourisme. Le Département de l’Hérault, les 111 communes concernées, les associations, les entreprises et l’ensemble des partenaires unissent leur forces pour obtenir le prestigieux Label « Géoparc Mondial » de l’UNESCO.

GÉOSCIENCES MONTPELLIER ACCOMPAGNE CET AMBITIEUX PROJET AU SERVICE DU PATRIMOINE GÉOLOGIQUE DU DÉPARTEMENT DE L’HÉRAULT !

Protéger et préserver avec détermination ! Le Géoparc s’engage à protéger et conserver les sites géologiques de la région en mettant en œuvre des mesures pour prévenir leur dégradation, tout en les rendant accessibles au public.

Éduquer pour mieux comprendre ! Le développement de programmes éducatifs vise à informer le public sur l’importance cruciale de la géologie et de la biodiversité.

Unir les forces pour une cause commune ! Le Géoparc crée une synergie puissante entre les institutions, les associations et les entreprises locales, transformant ainsi le projet en une plateforme collaborative dynamique où chacun contribue à la mise en valeur et à l’attractivité du patrimoine naturel pour un large public.

En intégrant ce projet, l’Université de Montpellier représentée par Stéphane Dominguez de Géosciences Montpellier, rapproche le département et le milieu de la recherche scientifique afin d’enrichir et de partager la connaissance de l’histoire géologique de la région, dans une dynamique pédagogique de diffusion des savoirs.

Découvrez la sélection des 32 sites à voir (Télécharger la carte en pdf) !

[Le Mag’ N°13] Numéro spécial sur la géologie de la Guyane

➡ | Consulter la revue en ligne Le Mag’ n°13 de mars 2024

Le Mag’ est la revue numérique de la Fondation de l’Université de Guyane. Ce numéro spécial « Géologie de la Guyane », dont le directeur de la publication est Arnauld Heuret [1] (UG, GM), aborde des thématiques aussi riches que variées, comme la géodynamique, la paléontologie, l’environnement et les paléoclimats, sans oublier les ressources en or bien évidement.

Aperçu du sommaire

  • Aux origines du soubassement géologique guyanais
  • Les gisements d’or, marqueurs de l’histoire géologique du Bouclier des Guyanes
  • Un historique des campagnes océanographiques
  • En mer… les marqueurs des cycles de glaciation
  • Le plateau de Demerara, un laboratoire naturel pour l’étude des plateaux marginaux transformants
  • Un riche écosystème côtier vieux de 125 000 ans découvert sous Ariane 6 en Guyane
  • De la géodiversité à la géofonctionnalité
  • Le Bouclier des Guyanes : Une grande variété de minerais disponibles
  • Histoire de l’exploitation de l’or en Guyane
  • Vers une objectivation des enjeux de l’exploitation des ressources aurifères en Guyane française : exploitation minière, protection de l’environnement et développement humain
  • Le projet ECLAT pour étudier les contaminants métalliques en Guyane

[1] Arnauld Heuret a soutenu sa thèse sur la dynamique des zones de subduction à l’université de Montpellier en 2005. Après divers posts-doc principalement effectués à l’université Roma 3, il a intégré un poste de maître de conférences à l’Université de Guyane en 2012 et est, depuis cette date, rattaché à Géosciences Montpellier.

Une station GNSS permanente installée à la capitainerie du port de Sète

La station, de son petit nom « SET1 », transmet des données sur le Réseau National GNSS Permanent (RENAG), permettant de surveiller avec une précision millimétrique les variations du niveau marin, notamment grâce à un marégraphe du SHOM. Cette station sert à la fois à suivre la montée des eaux et à observer les mouvements de la croûte terrestre, tout en fournissant des informations cruciales sur la vapeur d’eau atmosphérique. Cela aide à mieux comprendre les impacts du changement climatique, notamment pour les zones côtières.

Pour en savoir plus : Sandrine Baudin, responsable technique des sites instrumentés à Géosciences Montpellier.

50 ans après, la RST est de retour à Montpellier

La 29ème édition de la RST aura lieu à Montpellier du 27 au 31 Octobre 2025

11 thèmes scientifiques et 3 forums (enseigner les géosciences, métiers, géo-patrimoine) composent la trame principale de ce rassemblement des sciences de la terre.

L’événement se veut pluridisciplinaire et mettra l’accent sur l’analyse de terrain avec 7 excursions intégrées aux thèmes scientifiques. Ces excursions auront lieu pendant le congrès et permettront de prolonger les discussions à travers l’observation d’exemples emblématiques qui vont bien au-delà du périmètre régional.

De nombreux stands d’associations et d’entreprises privées, une conférence grand public, une soirée de gala, des remises de prix, des concours et de nombreux événements rythmeront également cette manifestation.

N’hésitez pas à diffuser cet appel à sessions à travers votre réseau pour que cette RST Montpellier 2025, 50 ans après la première en 1975, soit une réussite !

Illustration © SGF – Anne Delplanque Géosciences Montpellier

Origine des océans : à l’eau le monde

Logo de France Culture - Radio française

Retrouvez Christel Tiberi dans l’émission radio « La sciences CQFD » de Natacha Triou

La géophysicienne Christel Tiberi (directrice de recherche au CNRS à Géosciences Montpellier) et la Cosmochimiste Laurette Piani (chargée de recherche CNRS au Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques de Nancy) nous expliquent comment les scientifiques procèdent pour dater et l’apparition de l’eau sur la Terre et estimer l’histoire des océans.

➡ | Écouter le podcast de l’émission sur le site de France Culture